Tôt ce matin, ma télé est allumée et je tombe sur Des Mots de Minuits par l'excellent Philippe Lefait.

Et là, je me retrouve en accord avec François Bégaudeau.
Il s'interroge sur la nécessité de la culture, sur l'obligeance des "gens de culture, des gens de lettres" à vouloir à tout prix imposer leur façon de faire, de voir la vie à travers le prisme de leur art. En bref, François Bégaudeau doute du bien-fondé de croire que la Culture, l'Art sont indispensables et doivent nécessairement être proposés, voire imposés à tous.

En effet, qui peut véritablement dire qu'il FAUT lire Proust plutôt qu'un Harlequin ? Lire un Harlequin est-il préférable à ne pas lire ?

C'est aussi ce que je n'ai de cesse de dire et penser. Comme pas plus tard qu'il y a deux soirs à une ado de 14 ans qui passait chez moi trouver un livre. Son prof de français l'incite à lire - mais "attention, pas n'importe quoi, pas du manga ou autre BD".
Mazette ! - rien qui m'exaspère plus que ce genre de propos au sujet de ce qu'est la "vraie littérature".
Qui peut se prévaloir de dire que lire une BD, ou autre roman à l'eau-de-rose n'est pas lire de la littérature ? Trop de préjugés, trop d'insolences et d'ignorances même. Certains mangas sont des chefs d'oeuvres littéraires - voir Au temps de Botchan par exemple.

Je pourrais écrire qu'effectivement Harlequin n'est pas de la grande littérature mais je rétorquerai aussi que lire ces romans, c'est aussi lire. Mais aussi mon questionnement suivant et redondant : lire Harlequin ou ne pas lire ?

Pour en revenir à cette ado : je pense que nous n'avons pas tous besoin de littérature - imaginez les peintres imposer la peinture comme beaucoup le font avec le livre...
Oui, la littérature apporte beaucoup à ceux qui la côtoient mais pour autant il faut accepter qu'elle ne parle pas à tous et qu'elle parle différemment à chacun. Et c'est là qu'il me semble que si quelqu'un souhaite lire une BD, qu'il le fasse si cela lui parle plus. Je ne pense pas qu'il faille être ségrationniste.
D'autant plus que cela risque de rebuter ceux qui voudrait entrer en littérature. Peu importe si c'est un roman de gare. Laissons ces ados faire leur découverte et trouver ce qui leur plaît.
En allant plus loin, ne risque-t-on pas de fermer une porte créative à cet ado qui pourrait être doué en dessin et scénarii à qui ont refuserait la lecture d'une BD ?

J'espère ne pas trop m'éparpiller dans mes réflexions et rester claire (j'en doute...).
Pour tenter une conclusion (je vais trop vite ?) :
Je ne cherche pas à imposer quoi que ce soit aux personnes qui viennent chez moi me demander un livre, je ne force pas, de peur de les voir s'enfuir à grandes enjambées. Je suggère et désacralise - même les Barbara Cartland.
Pour élargir le débat à la culture :
Oui, elle est importante mais pas imposable.
Oui, elle est utile. J'ose même croire qu'elle permet de rêver et d'affronter des situations difficiles. Cependant, certains peuvent vivre sans et ce n'est pas malheureux.

Jeanne,
lit tout le temps, écrit quelquefois, photographie tout et rien.