Julia ne sait par où commencer. Elle a vécu, elle a pleuré. Elle a ri aussi.
Elle a été heureuse, malgré ce qu’elle a vu.
Julia a voyagé. Elle est partie prendre le large souvent. Elle se sentait
appartenir au monde. Elle aimait que le monde lui appartienne. Aujourd’hui,
22 mars, elle se sent fatiguée de toute cette route. Lasse.
Elle voudrait dormir et ne plus se réveiller.
Enfin se reposer.
Mais sa rencontre d’hier soir lui a fait prendre conscience de sa vie.
Ce qu’il lui restait à faire ?
Ecrire. S’oublier. Puis mourir. Sans que personne n’oublie plus jamais l’existence
de tout un chacun.
Non, personne pour oublier songeait-elle. Ni leur vie, ni leur détresse,
ni la misérable condition de nombre d’entre eux.
Voilà ce qu’il lui fallait faire : un plaidoyer pour ces anges qu’elle avait
connus ici-bas.
Des enfants, des parents, des oubliés.
Julia pleure. Elle souhaite pouvoir achever l’oeuvre qu’elle n’a pas
encore commencer.
Il faut dire qu’il y eu tant à faire. Et seule ? Que pouvait-elle ?
Elle sèche ses larmes en regardant toutes ses photos qui tapissent ses murs.
”Malgré cela j’ai redonné un peu de sourire. Un peu partout. Je ferai don de
ces sourires..”
Idéaliste Julia.. Belle et forte Julia.

Elle est morte hier soir, après avoir transmis son manuscrità son éditeur.
Toute la presse, ce matin du 4 avril, fit sa Une sur Julia.
On y lit ceci :
”Julia s’est éteinte hier soir, dans son bureau, après avoir transmis son manuscrit,
”mon oeuvre” comme elle l’appelait : ce Plaidoyer pour les anges sur lequel
elle travaillait nuit et jour depuis près d’un an, le 22 mars 2002.
Elle aurait eu 82 ans, aujourd’hui.
Elle nous manquera.”

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