Je vais vous rencontrer Enrique. Aujourd'hui. Vous voir. Vous entendre. Assister à une littérature négative de Beckett selon Vila-Matas.

A l'heure qu'il est, avez-vous déjà achevé cette conférence ? Car je sais combien l'exercice est difficile, périlleux. Etes-vous en train ? En avion ? A l'hôtel déjà ? Chez Montano votre fils ? Où êtes-vous ? Que faites-vous ?

Questions insidieuses. Qui n'ont pas lieu d'être.

Un jour peut-être / sans doute aurai-je la surprise de lire ces instants même sous votre plume.

Cher Enrique, je suis morte de trouille, bleue de peur, verte de jalousie (jalousie matérialisée par un manteau passé – quelle drôle de couleur la mort !) jalouse ? Peut-être du temps que vous accorderez à Beckett et à chacun de vos lecteurs – temps perdu pour nos conversations – de toute façon – quelle expression désagréable – de toute façon, disais-je, oserai-je jamais vous aborder, vous accoster – comme un port d'attache.

Etrange cette association d'idées entre vous et le marin. Vous ai-je dit que mon deuxième prénom était Marine. A l'image de mon parrain qui se prénomme Marin – écrivant à ses heures perdues.

Pourquoi d'ailleurs « heures perdues » à écrire ? Aucune raison. Bannissons cette association !

J'appréhende de vous rencontrer Enrique. Je me répète mais ça me prend la plume et je me retrouve à écrire écrire écrire. A vous écrire. Et je ne sais pas dire. Je ne suis pas écrivain. Je voudrais, vainement.

Attention ne croyez pas que je vous sollicite pour être publiée – l'idée que vous pourriez le penser m'a effleurée.

Je ne demande rien. Juste que j'ai ressenti le besoin de vous écrire, d'écrire mes pensées de vous. Ressenti ? Le verbe est faible. C'est une nécessité.

Vous aborder ? Vous parler ? Saurai-je ? Devant ma ‘muse’ ?

Sans doute resterai-je en retrait, honteuse, timide maladive de Montano.

Je vous ai tant et si peu écrit.

Je pose la plume quelque temps. Il est 10h09. Je reviens plus tard.

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